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Bunker Roy : l’homme qui a transformé les grands-mères en ingénieures du soleil Une jeunesse dorée, un virage radical

Et si les solutions aux grands défis de notre temps ne venaient pas des universités, mais des villages les plus reculés ? C’est le pari qu’a fait Bunker Roy, fondateur du Barefoot College en Inde. Depuis 1972, cette école pas comme les autres forme des grands-mères analphabètes à devenir des ingénieures solaires, des éducatrices et des porteuses de changement.





Issu d’une famille aisée du Bengale, Bunker Roy aurait pu suivre une carrière confortable. Mais une visite dans un village frappé par la famine a changé le cours de sa vie. Il s’est alors installé dans le Rajasthan pour travailler au plus près des populations rurales, creuser des puits, écouter, apprendre. De cette expérience est née une idée simple et puissante : donner aux communautés les moyens de résoudre elles-mêmes leurs problèmes.

Au Barefoot College, les grands-mères – souvent ignorées ou sous-estimées – deviennent les héroïnes de la transition écologique. Formées à installer et entretenir des systèmes solaires, elles apportent l’électricité dans les villages isolés, souvent pour la toute première fois. Ce modèle, aujourd’hui répliqué dans plus de 50 pays, permet aussi de créer des écoles de nuit, des emplois locaux et surtout, une autonomie durable.



Bunker Roy n’était pas destiné à vivre dans un village sans eau ni électricité. Issu d’une famille influente du Bengale, il reçoit une éducation de haut niveau dans les meilleures institutions d’Inde. Tout semblait tracé pour une carrière prestigieuse.

Mais en 1966, à l’âge de 21 ans, il visite un village du Bihar touché par une grave famine. Le choc est immense. Roy décide alors de changer de vie. Il part vivre pendant cinq ans dans des villages du Rajasthan, où il travaille comme ouvrier, creusant des puits à la main. Une décision radicale qui témoigne déjà de son profond engagement : comprendre la pauvreté de l’intérieur, plutôt que de la survoler à distance.




 Le rêve d’un collège pour les pieds nus

En 1971, lors d’une visite à Tilonia, dans le désert du Rajasthan, Bunker Roy découvre un sanatorium abandonné. Le gouvernement lui cède le bâtiment pour une roupie symbolique. Il y voit l’opportunité de bâtir une école… pas comme les autres.

En 1972, il fonde le Barefoot College : une école construite par les pauvres, pour les pauvres, où les diplômes ne comptent pas, mais où la connaissance pratique et l’entraide sont reines.

Au début, le projet attire des experts urbains, mais la greffe ne prend pas. Les méthodes descendantes échouent. Roy en tire une leçon majeure : la véritable transformation doit venir de la base, des communautés elles-mêmes.



 Une révolution par les pieds nus

C’est alors qu’émerge une idée révolutionnaire : former des villageois sans diplôme à devenir ingénieurs, éducateurs ou soignants. Le Barefoot College devient un lieu d’émancipation, où les savoir-faire sont transmis sans écriture, sans langage académique, mais avec des gestes, des signes, de la pratique.

Et surtout, Bunker Roy fait un pari audacieux : confier la technologie solaire aux grands-mères analphabètes.

Pourquoi les grands-mères ? Parce qu’elles sont enracinées dans leurs villages, qu’elles ne cherchent pas à partir en ville, et qu’elles sont des piliers de leur communauté.

Résultat : en quelques mois, des femmes venues de villages reculés d’Inde, mais aussi d’Afrique, d’Amérique latine ou d’Asie, apprennent à installer et entretenir des panneaux solaires. Toutes communiquent par signes. Ensemble, elles illuminent leurs villages… littéralement.


L’énergie du changement

Depuis 2003, Tilonia est entièrement alimenté à l’énergie solaire. Grâce aux "Solar Mamas", des centaines de villages isolés bénéficient désormais d’électricité, souvent pour la première fois. Les chiffres sont impressionnants : plus de 1 160 villages touchés, 450 000 personnes impactées, dans 50 pays différents.

Mais au-delà de l’électricité, c’est tout un écosystème social qui se met en place :

  • Des écoles de nuit pour les enfants, notamment les filles.

  • Un parlement des enfants, où ils débattent et prennent des décisions pour leur école.

  • Des réunions de femmes, pour gérer les affaires du village.

Le modèle est clair : autonomiser les communautés pour qu’elles deviennent les actrices de leur propre développement.


Une vision humaniste et durable

Loin des grandes conférences et des discours technocratiques, Bunker Roy a construit une vision de développement profondément humaniste. Il croit en la capacité des personnes ordinaires à accomplir des choses extraordinaires, si on leur fait confiance.

Son travail a été salué à l’international : en 2011, il reçoit le Prix Planète Bleue et en 2013, le Barefoot College est classé 15e meilleure ONG au monde par The Global Journal.


Les leçons apprises

Chez Temekem, nous croyons que le changement durable vient de l’intérieur, des racines, des marges. L’histoire de Bunker Roy est un exemple puissant de ce que peut produire une approche locale, respectueuse et inclusive du développement.

Former des grands-mères pour électrifier des villages ? Certains ont ri. Mais aujourd’hui, ce sont elles qui éclairent l’avenir. nous croyons en ce type de leadership. Un leadership enraciné, solidaire, tourné vers l’avenir. L’histoire de Bunker Roy nous rappelle que l’innovation peut naître dans la poussière d’un village, que la technologie peut être simple et humaine, et que la confiance donnée aux plus invisibles peut changer le monde.


By Valerie Néambaye Mbaipor

🔗 En savoir plus sur le Barefoot College : www.barefootcollege.org

 
 
 

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